mercredi 20 septembre 2017

Vu de Paris: le voyage parisien avorté du Comte de Bayreuth, alias Louis II de Bavière

Le comte de Bayreuth. C'est sous ce nom significatif de sa passion wagnérienne, que le roi Louis de Bavière s'était fait annoncer à Paris, où il n'était  pas venu depuis 1876,  pour la mi septembre 1880 Ses appartements avaient été préparés par le chargé d'affaires de Bavière, le baron de  Reither (1), 51, rue de Berry. Au dernier moment, le roi Louis, toujours mobile en ses décisions, renonça à son voyage. 

A l'occasion de ce voyage projeté, Albert Wolff (2), le journaliste du Figaro d'origine allemande, consacre au Roi un long article à la une de l'édition du 16 septembre 1880, que nous reproduisons ci-dessous:

"COURRIER DE PARIS

Il convient de dessiner le portrait d'après nature du roi de Bavière, qui vient nous visiter. Ce n'est pas facile, je le reconnais, car l'hospitalité parisienne a ses devoirs. Ce portrait a été fait souvent, superficiellement, d'après les racontars. Nul n'a encore essayé, que je sache, de remonter aux causes de la vie mystique et retirée du souverain de tous les Bavarois; On connaît sa tendresse pour Richard Wagner, son isolement dans les châteaux, ses courses affolées à travers la montagne, sa répugnance à se montrer en public, tous les côtés extravagants de cette nature curieuse, mais voilà tout.

Quand on traverse Munich et qu'on demande « Où est le Roi? » personne ne peut répondre. Les plus vieux bourgeois ne se souviennent pas de l'avoir vu. Lorsque les affaires le forcent à venir à Munich, le Roi arrive la nuit et disparaît à l'aube. Au beau milieu du magnifique théâtre royal, il y a une grande loge de cérémonie, faisant face à la scène, mais on n'y a jamais vu le Roi. Aux grandes soirées, les courtisans se tiennent respectueusement derrière le fauteuil vide de Sa Majesté.Quand, de loin en loin le Roi va au théâtre, on ferme les portes pour le public, et seule, perdue dans une demi-obscurité, Sa Majesté assiste au spectacle; elle arrive par un couloir communiquant du Palais avec la salle, conduite par un chambellan qui reste à la porte de la loge, et qui, à la fin du spectacle, la reconduit dans son Palais. Le lendemain, quand le même chambellan vient prendre les ordres de son maître, plus de Roi au Palais. Dans le silence de la nuit, une calèche attelée de quatre postiers est sortie du château. Une heure avant, on a prévenu le chef de gare qu'il aurait à tenir prêt le train de a Majesté; le Roi est monté dans son wagon-salon; le train file à toute vapeur. Où court ce train? En dehors du Roi, nul ne le sait. Le Roi a dit au départ Marchez et on marche. Quand le Roi est arrivé à la station voulue, il sonne; le train s'arrête devant la gare un groom attend le Roi, excellent cavalier, saute sur un cheval et s'élance au triple galop du côté la montagne; le groom le suit ventre a terre. Les chevaux montent ou descendent; sautant tous les obstacles qu'ils rencontrent sur leur route; on ne s'arrête que dans la cour d'un château dont les portes ne s'ouvrent que devant le Roi. La consigne est: « On n'a pas vu Sa Majesté. » Le serviteur indiscret est impitoyablement chassé. On a vu les ministres courir pendant une semaine après le Roi sans le trouver.

De temps en temps le bruit se répand à Munich que le Roi est à Nymphenbourg, à quelques kilomètres de la capitale. Comment le sait-on? Oh c'est bien simple. Le matin, les touristes, en voulant visiter le joli parc, ont trouvé les portes closes et des factionnaires à toutes les issues. Le château n'est pas beau, mais il est grand. Ce n'est pas là que le Roi s'est installé: dans le parc, il y a quatre pavillons Louis XV, plus beaux les uns que les autres, décorés par un artiste français, dont le nom m'échappe en ce moment. Trois de ces pavillons sont déserts; le quatrième, le plus petit, est meublé: Salon, chambre à coucher, cabinet de toilette et cuisine; c'est ce que nous appelions, à Paris, un logement de garçon. C'est celui-ci que le Roi habite. dans le jour, le Roi ne sort jamais il ne veut même pas être vu d'un jardinier; il se promène la nuit dans Les allées désertes pour rentrer dans sa retraite à la première lueur du matin.

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Plus heureux que les Bavarois, j'ai vu leur Roi deux fois. en 1869 d'abord, dans son palais, à Munich; on m'avait placé dans un beau salon, sur les murs, les ancêtres du Roi, bardés de fer à l'entrée du cabinet royal, qui communique avec cette salle, deux hallebardiers, roides comme la Justice, veillaient. Au bout d'une demi-heure, la porte s'ouvrit; le Roi parut; il était en tenue de général, cela va sans dire. Il avait vingt-deux ans alors et portait galamment l'uniforme bleu de ciel de l'infanterie bavaroise. Je m'inclinai sur son passage; le Roi porta la main droite à la hauteur de son casque et disparut. Je le revis dix ans après; il était singulièrement changé;  je l'aperçus dans son coupé; il me semblait très vieilli; l'homme de trente ans paraissait avoir dépassé la quarantaine. Depuis 1869, la misanthropie de ce souverain avait atteint son point culminant. Maintenant, il est inabordable.

Aucun de ceux qui ont tenté de faire le portrait du Roi n'est remonté à la source de cette vie d'isolement. Quelques biographes ont cherché le secret de son existence ténébreuse dans l'absence de la femme; le roi est garçon, petit-fils de Louis Ier, le galant protecteur de Lola Montès; on ne lui connaît aucune liaison; le Roi fuit la femme comme il s'isole des hommes. Dans les vieux pays monarchiques, on est plein de déférence pour les souverains: le respect du monarque est une vieille tradition  cimentée,  en ce qui concerne la Bavière, par un règne, de cinq siècles de la maison de Wilttelsbach; le Roi est fidèle à la Constitution, cela suffit; toutes les excentricités du souverain n'ont pas amoindri son prestige; les habitants de Munich n'aiment pas à causer des extravagances du Roi; d'ailleurs, ils ne les connaissent que par les confidences discrètes entre deux chopes; pour les motiver, on parle du frère du Roi, atteint d'une maladie cérébrale, dit-on, mais le Roi de Bavière se porte comme un charme. Pour voir à peu près clair dans la vie mystérieuse du Roi, il faut avoir causé avec les artistes qui ont travaillé pour lui; avec leurs renseignements, il est facile de déchiffrer cette existence singulière. Nous allons l'essayer.

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Le roi Louis II est, en effet, atteint d'une maladie incurable; il est ambitieux au delà de toute expression. Dans son adolescence, il a rêvé une royauté que le Destin n'a pas donnée au souverain; son idéal planait au-dessus du château de Munich; il était à Versailles dans les souvenirs de Louis XIV; son ambition était de renouveler les fastes de Versailles et de recommencer, dans le pays de Bavière, le règne du Roi-Soleil. Telle était l'aspiration du jeune souverain. En réalité, à son avènement au pouvoir, il trouva sa royauté limitée par une Constitution, par une liste civile restreinte et un trône de moindre importance dans le concert européen; il s'aperçut que la toute-puissance, qu'il avait entrevue dans sa jeunesse n'était qu'une chimère; il se heurtait à chaque pas contre la loi commune qui renfermait son règne dans les limites d'un souverain constitutionnel; il s'aperçut que tout était permis à un roi de Bavière, sauf ce qui lui était défendu; il aurait voulu dire « L'Etat, c'est moi", et le pays était plus puissant que lui; il ne pouvait nommer un juge sans l'agrément de son ministre, ni destituer un fonctionnaire pour son bon plaisir. Sa volonté trébuchait à chaque instant sur ces simples mots « Cela ne se peut pas. » Le Roi s'était formé un idéal irrésiliable de la monarchie. Comme les souverains d'Orient il aurait voulu être le maître absolu d'un pays, pour punir les méchants selon sa volonté personnelle et pour encourager les bons sans demander conseil à qui que ce fût. Le rôle du Roi constitutionnel, c'est-à-dire de Roi à pouvoir limité lui déplut; les illusions du jeune âge s'envolèrent les unes après les autres, faisant place au désenchantement avec son cortège de tristesses; l'ambition déçue engendrait la mélancolie; peu à peu le Roi, ne voulant pas se soumettre, au destin, le cœur ballotté par des révoltes sourdes, placé entre son devoir et son ambition, peu à peu le Roi se retira des affaires, laissant ses ministres gouverner avec le Parlement et n'intervenant directement que lorsque sa situation de Roi incompris l'exigeait absolument. 

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Forcé de modérer son ambition, souffrant de ne gouverner qu'un petit pays, le roi Louis II s'est réfugié loin des hommes pour revivre dans ses rêves de jeunesse; dans l'intimité il s'inspire de son idéal Louis XIV et sur sa propre fortune, renforcée par la liste civile, le roi de Bavière bâtit palais sur palais dans le style Louis XIV; il étudie des vieilles gravures pour reconstituer les uns après les autres dans ses châteaux les meubles du temps. Tout est Louis XIV du haut en bas et de long en large. C'est ainsi qu'un jour le souverain de Bavière découvrit une gravure représentant un traîneau dont le Roi-Soleil avait fait don à je ne sais plus quel monarque du Nord. Aussitôt Louis II fait venir un artiste de Munich et lui commande un traîneau semblable en tous points; cet objet de luxe est allé s'engouffrer dans un des châteaux qui s'élèvent à grands frais, où le roi ne reçoit personne; j'ai vu la photographie de cet objet d'art chez l'artiste qui l'a exécuté pour Sa Majesté. Entouré de la sorte des souvenirs de Versailles, le roi de Bavière peut vraiment se figurer qu'il a pris la succession de Ludovicus Magnus et c'est pour que personne ne vienne troubler ces illusions qu'il se calfeutre chez lui. Dehors les choses et les hommes rappellent au Roi de Bavière qu'il n'est pas Magnus comme son modèle et, faute de pouvoir rayonner sur son siècle, il a pris l'humanité en grippe et il la fuit avec une persistance inébranlable.

Il arrive cependant des moments où un roi doit faire son métier et se montrer a son armée. Il y a quelques années, Louis II consentit à passer la garnison de Munich en revue; elle fut massée dans la plaine que domine la statue colossale de la Bavaria, érigée par le grand-père du roi actuel,  afin que le cerveau en bronze de la Bavière rayonnât sur l'univers comme jadis la tour de Babel. A l'heure dite, le roi arrive sur le champ de manœuvres il passe devant le front des troupes, puis, sans attendre le défilé, il donne les éperons à son cheval et disparaît, laissant à son ministre de la guerre et à son état-major le soin de terminer la revue, qui n'était pas à la hauteur de son ambition. Au fond donc, ce souverain, qui nous fait l'honneur de nous visiter, est un incompris couronné. Sa jeunesse a été hantée par des hallucinations de grandeurs qui ont fait défaut au prince parvenu au pouvoir. Si son esprit s'est de préférence tourné vers le siècle de Louis XIV, c'est que dans le vieux palais de Munich tout est fait pour l'évoquer. Je ne sais pas d'où est venu le mobilier de ces salles, mais je déclare que nous n'avons pas en France de plus beaux meubles Louis XIV qu'à Munich. Ce sont de pures merveilles; en l'absence du Roi, j'ai obtenu, l'année dernière, la permission de parcourir le vieux château: c'est tout simplement éblouissant.

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Ce n'est donc que dans la retraite que le roi Louis II, loin des hommes et des affaires d'Etat mesquines ,retrouve les illusions de son enfance. Dans ses, châteaux, où il demeure seul, tous les rêves lui sont permis. Pour rendre l'illusion complète, il manquait à ce Roi un Molière qu'il eût pu faire asseoir à sa table. Richard Wagner a passé par là: c'était le grand homme demandé, sur qui Sa Majesté pouvait faire descendre ses bienfaits; elle prit sous son auguste protection l'œuvre encore discutée de Wagner comme Louis XIV fit jouer Tartuffe, envers et contre tous. La musique de l'avenir devait être le couronnement de son règne; peut-être qu'un jour viendrait, pensait le roi, où l'histoire parlerait de l'ère de Louis II pour faire pendant à la grande époque intellectuelle de Louis XIV. Avec une telle ténacité dans l'esprit poursuivant une même idée, il n'est pas étonnant que le Roi défende son autorité par tous les moyens; c'est le seul prince allemand qui n'ait pas fait la guerre de 1870 à la tête de ses troupes. Il lui répugnait d'être au second plan dans l'état-major. Louis XIV non plus ne se fût pas résigné à se placer sous les ordres d'un autre, n'est-il pas vrai? Le roi de Bavière n'entre pas souvent en communication directe avec son peuple: il parle peu, mais quand il prend la parole, il fait entendre le langage d'un souverain majestueux; il est le fidèle allié de l'empereur d'Allemagne, mais il le traite de pair et d'égal. Le jour où on lui ferait sentir son infériorité sur un point quelconque, le roi de Bavière se rebifferait: il faut le prendre par la douceur et flatter ses instincts de grandeur pour lui arracher les concessions voulues les unes après les autres. L'empire d'Allemagne n'a pas encore pu obtenir de ce petit roi qu'il renonçât à avoir sa poste et ses télégraphes à lui. Tandis que tous les Etats ont adopté le même timbre-poste aux armes de l'Empire, le roi de Bavière a maintenu ses timbres-postes à lui avec son buste ceint de lauriers comme celui d'un César. Quand, dans les circonstances solennelles, comme lors du cinq centième anniversaire du règne de sa maison, Louis II signe une proclamation, elle est dictée d'un bout à l'autre par une autorité royale, convaincue de ses droits et de sa puissance. Louis XIV n'aurait pas parlé autrement.

A Paris, le Roi voyage sous le nom de comte de Bayreuth; ce n'est pas pour faire une réclame au théâtre modèle de Richard Wagner que le royal protecteur de la musique de l'avenir a choisi ce titre dans les cinquante ou soixante qu'il a le droit de prendre à son gré. La principauté d'Anspach et de Bayreuth a été le berceau de sa maison. Je pense qu'à Paris on ne verra pas beaucoupleRoi; il passera tout son temps à Versailles dans l'étude de l'époque du grand Roi. Il se peut que dans les grandes salles du palais de Versailles, Louis II accusera le destin de l'avoir placé sur le petit trône de Bavière, quand il aurait très bien pu succéder à Louis XIV, à Versailles. Mais enfin, si le roi de Bavière veut se donner la peine de réfléchir, peut-être se consolera-t-il à la pensée que, successeur du Roi-Soleil, il serait à coup sûr sans emploi sous la République, tandis que rien ne l'empêche de faire jusqu'à la fin de sa vie le bonheur du peuple bavarois.

Albert Wolff "


(1) Le baron de Reither resta en poste à Paris jusqu'en 1889. Il fut 11 ans en poste à Paris comme chargé d'affaires du Royaume de Bavière.

(2) Albert Wolff, né à Cologne en 1835 et mort à Paris le 22 décembre 1891, est un écrivain, auteur dramatique, journaliste et critique d'art français d'origine allemande. Il fut journaliste au Charivari et au Figaro.  Munichandco a déjà publié deux articles d'Albert Wolff, le premier datant de 1876 et le second consacré à la mort du Roi en juin 1886.

Autres articles d'Albert Wolff sur Munichandco:







Les ordres de chevalerie de Bavière sous le Roi Louis II

Nous retranscrivons un chapitre consacré aux ordres de chevalerie bavarois extrait des Ordres de chevalerie et marques d'honneur : décorations nouvelles et modifications apportées aux anciennes jusqu'en 1869 que Jean-François-Nicolas Loumyer (1801-1875) publia chez Amyot  à Paris en 1869. 



ORDRES DE CHEVALERIE

BAVIÈRE.

ORDRE DE MÉRITE DE LA COURONNE DE BAVIÈRE

Par ordonnance du 24 juin 1855, le roi Maximilien Il a introduit des modifications aux statuts de cet -ordre. Il se compose aujourd'hui de cinq classes: Grands-croix, grands-commandeurs,  commandeurs, chevaliers,  décorés de la médaille.

Les insignes sont restés les mêmes pour les quatre anciennes classes.

Le nouveau grade introduit, celui de grand-commandeur, tout en portant le bijou des commandeurs, s'en distingue par l'étoile des grands-croix, fixée sur la gauche de la poitrine, mais d'un module plus petit. 

ORDRE DE SAINT-MICHEL

Une ordonnance du 24 juin 1855 partage en cinq classes l'ordre de Saint-Michel, savoir : Grands-croix, grands-commandeurs, commandeurs, chevaliers de première classe, chevaliers de seconde classe.

Les insignes de première, deuxième, troisième et quatrième classes sont maintenus. Mais les grands-commandeurs portent en sautoir la croix et y ajoutent, au côté gauche de l'habit, une plaque comme celle de la première classe, mais dans des proportions réduites.

La croix des chevaliers de deuxième classe se distingue par l'absence de couronne.

Les rapports de préséance entre les deux ordres ci-dessus sont réglés comme suit : Les grands-croix, grands-commandeurs et commandeurs de la Couronne de Bavière ont le pas sur les mêmes grades dans l'ordre de Saint-Michel. 

Les chevaliers de la Couronne de Bavière précèdent les chevaliers de première classe de Saint-Michel.

Viennent ensuite les chevaliers de deuxième classe de ce dernier ordre, et ensuite les médaillés de la Couronne de Bavière.

ORDRE DE LOUIS.

De même que pour les deux ordres ci-dessus, un décret du roi de Bavière, publié en 1866, a divisé en cinq classes: Ordre de Louis qui n'en comptait que deux précédemment, et prescrit les mêmes règles pour le port des insignes, dont la forme a été modifiée.

La plaque des grands-croix et des grands-commandeurs est représentée planche 1 (n° 4), et la croix pour les trois premiers grades, même planche (n° 6).

La décoration des chevaliers de première classe est représentée planche 1 (n° 5). Celle de deuxième est du même module, mais en argent.

ORDRE DE SAINT-GEORGES.

Chaque aspirant à l'ordre est tenu, avant son admission, de prouver par des documents écrits l'origine allemande,  la noblesse de tournoi, tant de lui-même que de tous les ancêtres de sa lignée, jusqu'au cinquième degré. Le cinquième degré, toutefois, comprendra encore, outre les seize ancêtres dont il faut justifier chez le père et la mère, les ancêtres plus éloignés.

Il est également requis qu'aucun anobli ne figure parmi les trente-quatre ancêtres qui forment l'arbre généalogique. Il faut également justifier d'une possession ininterrompue de noblesse pendant trois cents ans , dans la ligne directe ascendante, tant paternelle que maternelle.

Les preuves à fournir sont complètement analogues à celles des anciens ordres de chevalerie allemands, et des chapitres.

Pour être reçu, chaque candidat doit adresser sa demande par écrit au Sérénissime Grand-maître. La forme et manière d'après laquelle les preuves sont administrées lui est indiquée dans une instruction imprimée. L'ordre se répartit en deux langues : l'allemande et l'étrangère.

Ne sont reçus dans la première que les nobles dont l'arbre généalogique ne renferme que de vraies familles allemandes. Font partie de la seconde ceux qui, ou bien descendent de familles étrangères, ou possèdent parmi leurs ancêtres quelque famille non allemande.

La langue allemande formera les deux tiers. Du reste, les deux langues sont tenues à une justification d'ancêtres également rigoureuse.

On n'admettra personne qui appartienne à un ordre étranger. Un membre de l'ordre de Saint-Georges ne peut accepter aucune autre décoration, sans l'autorisation du Grand-maître.

Nul n'est reçu, qu'il n'ait accompli l'âge de vingt et un ans. Les princes régnants et les ducs en Bavière, ainsi que les princes de maison souveraine , sont exceptés. Il est nécessaire que le candidat ait voyagé hors de l'Allemagne, ou assisté à une campagne.

Source: Gallica / Bibliothèque nationale de France

Humour wagnérien: la question des monuments à Wagner / Zur Denkmälerfrage

Der Meister aller Meistersinger tritt aus dem Gewerk
"Zur Denkmälerfrage" par Edmund Harburger
Fliegende Blätter, 112.1900, Nr. 2853, p. 159


mardi 19 septembre 2017

La mort de Louis II et la prophétie de Benediktbeuern


 
L'Univers du 16 juillet 1886 publiait un article intitulé La prophétie de Benedikcbeueren que devait ensuite reprendre le journal historique hebdomadaire La Légitimité de Bordeaux du 1er août. Cette prophétie est celle que donna le Père Simon Speer en 1599.

LA PROPHÉTIE DE BENEDICTBEUERN

Nos lecteurs connaissent le Vaticinium lehninense, manuscrit de l'ancienne abbaye cistercienne de Lehnin, de l'ancien, archidiocèse de Brandebourg.

On sait que ce Vaticininum parle de l'essor de la maison de Hohenzollern et en déplore l'hérésie, mais qu'il a aussi souvent servi à des desseins politiques. On y prédit entre-autres l'unité allemande et le relèvement de l'Eglise catholique, ainsi que la réouverture de l'abbaye de Lehnin. En effet, après les événements de 1870, le roi Guillaume donna les fonds nécessaires pour relever Lehnin de ses ruines, et l'abbaye et son église sont complètement restaurées; il n'y manque que les cisterciens.

Le Vaticinium s'occupe également des Maisons de Luxembourg et de Bavière et de la Maison Ascanienne (Anhalt). Mais il y a encore le Vaticinium benedictoburanense* qui s'occupe de la Maison de Bavière.

Dans le passage relatif à la dynastie des Wittelsbach, on lit, du verset 38 à 49, ce qui suit :

Decrescit latus fastuoso sub principe satus, 
Securitas gentis est fortitudo Regentis; 
Sed quid juvabit cor rectum, quando cubabit? 
Orate fratres, lacrimis haud parcite mares! 
Fallit in hoc nomen laeli regiminis omen, 
Nil superest boni, veteres migrate coloni!
Non robur menti, non adsunt numina genti, 
Cujus opem petit, contrarius hic sibi flet 
Et perit in undis dum miscet summa profundis. 
Sed quis turbatum potertl refringere statum? 
Qui sequitur justos imitabitur maximus avos.

C'est-à-dire en traduction libre: "Le territoire des princes somptueux sera amoindri, la force du souverain garantit la sécurité du peuple. Mais à quoi sert un coeur droit, s'il sommeille? Priez, mes frères, et vous, mères, versez d'abondantes larmes! Le nom du monarque victorieux est une illusion. Le bien a totalement disparu; émigrez, habitants du pays! La force manque à son esprit, et la protection divine à son peuple. Là où il cherchera du secours, il rencontrera des adversaires et il trouvera la mort dans les flots, après avoir changé le vieil ordre des choses. Qui mettra fin à la confusion? Son successeur s'efforcera d'imiter ses ancêtres dans la pratique de la justice, et il sera le plus grand de la dynastie. »

La Germania et les feuilles catholiques de l'Allemagne du Sud font le plus grand cas de ces vers du Vaticinium, et disent que personne en Allemagne ne conteste que ces vers ne puissent s'appliquer au drame de Berg. La Germania fait en outre des voeux pour que la prédiction du dernier vers puisse s'accomplir, car le successeur dont il est parlé n'est autre que le prince Louis, qui, selon les probabilités humaines, sera le plus prochain roi de Bavière.

Le prince Louis est foncièrement catholique; c'est là le meilleur éloge que l'on en puisse faire.

*Weissagung des ehrwürdigen Vaters Simon Speer Benedictiner Mönchs zu Benedictbeuern von dem Jahr 1599 : Beitrag zu den Bemerk. geg. Zschokke's b. Geschichte

Bayreuth 1874: quand Richard Wagner sollicitait l'argent américain

Cet auteur de chansons était-il
le directeur de la revue homonyme?
Le Ménestrel, journal de musique parisien, retranscrit dans son édition du 30 août 1874 une lettre qu'adressa Richard Wagner, non sans inquiétude sur l'avenir de son théâtre, au directeur du Dexter-Smittes [sic, il doit s'agir du Dexter Smith's musical journal], revue américaine:

Très-estimé monsieur,

Je vous suis très-obligé de l'intérêt que vous portez à mes oeuvres, et dont la preuve m'est fournie par les articles que vous leur consacrez dans votre Revue; et je suis heureux de vous donner une explication de mes idées. Convaincu que dans nos théâtres, tels qu'ils sont constitués, pour le présent du moins en Allemagne, — théâtres où tous les genres d'opéras : italiens, français et allemands se jouent indistinctement et s'exécutent tous les soirs, — la création d'un style et d'un art dramatique réel est une impossibilité, j'avais entrepris d'ériger un théâtre où, chaque année, chanteurs et musiciens offriraient au public de l'Allemagne des représentations qui, à ne les considérer que sous le rapport de la perfection de l'exécution, donneraient une idée de ce que peut devenir l'art allemand; car, cher monsieur, nous sommes le peuple du fédéralisme, et, à ce titre, nous pouvons accomplir de grandes choses par la voie de l'association, lorsque l'occasion s'en présentera. Cette idée, je l'ai portée avec moi depuis environ vingt années, et c'est elle qui m'inspira la trilogie des Niebelungen, dont l'exécution serait tout à fait une absurdité sur une scène ordinaire.

Eh bien, pour atteindre mon but, j'ai cherché en Allemagne mille personnes apportant chacune trois cents dollars à l'oeuvre, non pas pour acheter les billets, mais pour contribuer à la réalisation d'une idée nationale; et comme j'avais donné aux théâtres allemands cinq ouvrages qui obtinrent toujours un grand succès devant des salles combles, j'ai pensé que ma voix aurait quelque chance d'être écoutée.

Mon intention est de donner ces représentations gratuitement au public et grâce à l'aide fournie seulement par les patrons de l'oeuvre. Mais je n'ai pas trouvé dans l'Allemagne un millier d'esprits libéraux et de patriotes.

Loin de là, la presse elle-même, tout entière, a tourné le dos à mon idée et s'est prononcée contre moi. Aucune classe de la société, noblesse, capitalistes, savants n'a voulu m'assister.

Ma seule force gît dans les grandes masses populaires qui, malgré les calomnies et les dénonciations portées contre moi-même et contre mes oeuvres, sont restées fidèles à l'un comme aux autres, et c'est pour ce public-là, de fait, que je donne des représentations ; mais comme les masses n'ont pas de ressources financières, nous nous sommes arrangés de manière à vendre les places, n'en réservant que cinq cents pour les artistes musiciens dans le besoin.

Je ne pense pas qu'il y aura de la gloire pour l'Allemagne à ce que l'Amérique soit venue à mon aide. Pour moi, j'en suis fier et je suis fort reconnaissant aux musiciens allemands, attachés à l'orchestre de M. Théodore Thomas, d'avoir introduit ma musique en Amérique de leur propre accord exclusivement, et mus seulement par un patriotique et pur enthousiasme; tandis que presque tous les musiciens en renom de l'Allemagne se sont conduits si mal, — tranchons le mot, — si ridiculement à mon égard. . Grâce à un crédit que j'ai obtenu, mes représentations sont assurées pour l'année 1876, et si, à l'aide de la vaste circulation de votre feuille, il vous était possible de réaliser un fonds en Amérique, afin de venir en aide à mon entreprise, je en vous serais on ne peut plus obligé ainsi qu'au public américain. Je suis, avec une haute estime et sincèrement, votre tout dévoué et obligé, ,

RICHARD WAGNER.

Bayreuth, juin 1874.


Louis II de Bavière vu de France: un article mal informé de La Lanterne en 1879

La Lanterne, journal politique quotidien parisien, avait une ligne républicaine violemment anti-cléricale. Le 24 novembre 1879, le quotidien publie un article aussi mal informé qu'irrévérencieux sur le Roi Louis II de Bavière et son frère Othon, que le journaliste, qui se dit ex-diplomate, affuble du prénom de Léopold. Le propos, sensationnaliste, est extrêmement ciblé et vise à ridiculiser le Roi et son frère. 

A noter que La Lanterne publie à cette époque un feuilleton intitulé Le Roi vierge, dû à la plume de Catulle Mendès (ici, au bas de la première page). Ce roman à clef met en scène de manière à peine déguisée le même Roi de Bavière. (voir l'article que lui consacre Michał Piotr Mrozowicki, pp. 193 et suivantes).

Autant de témoignages de la perception française du Roi Louis II autour des années 1880.

"INDISCRÉTIONS DIPLOMATIQUES
LE ROI DE BAVIÈRE

Le roi de Bavière devait se marier vers 1868.

Tout était prêt pour la noce. Le brave homme de roi n'eut-il pas l'ingénieuse idée de faire marier, en même temps que lui, cent couples de ses sujets! A force d'argent, on trouva les cent couples, devenus, tout d'un coup, impatients de goûter les plaisirs du ménage. Mais, hélas! le roi ne se décide plus à fixer le jour des noces générales! Les mois s'écoulent. Les cent couples choisis n'ont pas attendu la cérémonie pour se donner des preuves d'amour; des enfants illégitimes voient le jour, et le roi de Bavière attend, attend toujours!

On le prévient alors de ce qui se passe, en ajoutant que ses désirs sont peu compris et que l'on se moque de lui. Le bon roi se fâche, ordonne de marier régulièrement, et au plus vite, les cent couples déjà mariés devant Dieu.

Quant à lui, il a changé d'idée, il ne veut plus se marier !

La princesse désignée pour monter sur le trône royal de Bavière reçoit un message très joli, l'informant que Sa Majesté a renoncé à son galant projet et il n'est -plus question de mariage royal.

Dans son palais, à Munich, le roi de Bavière s'est fait construira un petit paysage suisse. Ce fait est de la plus grande exactitude. Et le paysage est complet. On voit là un petit lac sur lequel le roi fait des promenades en gondole, et ce lac est entouré de montagnes! de montagnes de théâtre, entendons-nous bien; oui, de montagnes peintes sur des toiles! Et quand le roi fait sa promenade sur le lac, on laisse courir entre les toiles, pour compléter l'illusion, des chèvres, de vraies chèvres, cette fois, et le roi se croit en Suisse!

Quand la guerre éclata entre la France et l'Allemagne, le ministre de la guerre du roi de Bavière voulut, naturellement, consulter son maître. Le maître n'était pas visible. Le ministre, bravant tous les obstacles, se précipite dans le cabinet du roi. Que voit-il? Le roi, avec son intime ami, le compositeur Wagner, tous les deux en costume romain classique, déclamant des vers de Corneille! « Majesté, fit le ministre, la France vient de déclarer la guerre à la Prusse; quel parti prenez-vous? »

« - Laissez-nous finir notre tragédie, répondit le roi; tout à l'heure nous causerons de politique. »

Mille bizarreries de ce genre ont rendu célèbre le roi Louis de Bavière. L'aménité de ses relations en souffrait souvent ; plus d'un grand personnage eut souvent à se plaindre des facéties de sa royale cervelle.

Une autre bizarrerie du roi de Bavière.

Quand il chasse dans les montagnes, il est toujours seul dans sa voiture, ou bien à pied, entouré de valets qui portent ses armes et les provisions. Personne ne prononce une parole et les paysans qui le rencontrent se cachent, car le roi n'aime pas les spectateurs curieux, surtout le soir.

C'est, un spectacle étrange de voir le jeune roi s'avancer, triste, pâle, silencieux, dans l'ombre des montagnes, au milieu des valets et des chasseurs qui secouent leurs torches enflammées dans les étroits défilés. On dirait le spectre de la royauté, à la recherche de son ancien prestige pour toujours disparu.

L'hiver, le roi fait quelquefois des promenades dans un traîneau magnifique, derrière le siège duquel se dresse une statue de la Victoire, tenant une couronne entre ses mains, de façon que la couronne se trouve juste au-dessus de la tète du roi quand il est assis dans le traîneau.

Le roi aime beaucoup son malheureux frère Léopold, qui est atteint de folie et qui suit un traitement dans un château près du lac de  "Staremberger See" [sic].

Le pauvre jeune prince était en proie à un accès du mal pendant la bataille de Langensalza. Lorsque la crise approche, il se figure être devenu lion. Il marche à quatre pattes et veut mordre tous ceux qui l'entourent.

Le bon roi de Bavière, moins fou que son frère, mais tout aussi sombre et silencieux que lui, vient souvent le visiter. Il s'assied près de lui, le regarde, le caresse et passe des heures entières à lui dire de ces mots mystérieux qui calment la souffrance. Sa bonté est poussée jusqu'au dévouement.

On l'a vu, quand son malheureux frère se jetait à terre, saisi par la folie, et rugissait comme un lion; on l'a vu, dis-je, se traîner lui-même près du pauvre fou, imiter comme lui la démarche et les rugissements du roi des animaux, espérant procurer ainsi quelque soulagement, quelque distraction à l'infortuné malade.

Puis il retourne à son château et demande à la musique qu'il aime tant quelque diversion à ses sombres pensées. Il va souvent au théâtre royal, à Munich. Alors on joue pour lui seul. Ce n'est pas la quantité qui fait le public, dit le roi, c'est la qualité.

UN EX-DIPLOMATE."

Humour wagnérien: deux cygnes pour le ténor

"Notre ténor est devenu si gros qu'il doit se laisser tirer par deux cygnes
dans le rôle de Lohengrin" in Fliegende Blätter, 111.1899, Nr. 2819, p. 65